ROSI LARAPIDIE

ARTISTE PLURIELLE

 

ACTUALITÉS

 

UNE RARE COLLATION

PROPOSÉE    PAR

ROSI LARAPIDIE, CRÉATRICE AUX MILLES SOURCES

 

 « Mon enfant, ma sœur,…/ Des meubles luisants, / Polis par les ans…
 Les plus rares fleurs…/ Les riches plafonds,/ Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,/
Tout y parlerait/à l’âme en secret / Sa douce langue natale… »
Ch. Baudelaire, L’invitation au voyage

 

En cette année 2013, le vent souffle d’Orient extrême sur trois musées départementaux du Lot : celui de Zadkine aux Arques accueille Foujita en célébrant le centenaire de l’arrivée à Paris du plus français des japonais, qui fut ami du couple d’Ossip et de sa femme Valentine Zadkine Prax. Avec quelques autres jeunes excentriques affolant la population, surtout féminine…, Foujita vint lui-même à Saint-Cirq, sur les pas d’Henri Martin dont – cela se comprendrait à moins - il aurait admiré les paysages(1).

Au Musée Lurçat, c’est l’artiste lui-même qui témoigne de son orientalisme par certains aspects de son inspiration, sur les papiers peints par exemple. Lurçat vint-il également à Saint-Cirq ? Le fait est possible : son élève Paul-José Gosselin se trouvant aux Tours Saint-Laurent dans l’été 1959 et accompagnant souvent le maître(2), se souvient, carnet de notes à l’appui, de sa propre «visite émouvante chez ce vieillard aveugle d’une grande noblesse et qui veut garder toute sa fierté et sa dignité» tel que lui apparut Rignault, notant la qualité des objets antiques, africains, d’art sacré… qu’il put contempler chez lui.

Aussi, pour participer à la fête de l’été en pays lotois, tout en s’associant  au « menu » des expositions départementales inspiré par le musée de Cuzals, était-il permis de broder sur l’imagination d’une table chez le Maître de maison, Émile Joseph-Rignault. En invitant en chef d’inspiration étoilée, une jeune femme de Saint-Cirq par adoption comme tant d’autres attirés de même en ces escarpes inspirées, à investir la longue dalle florentine de la salle d’apparat pouvant accueillir une noble tablée d’invités imaginaires, le pari ne pouvait qu’être éblouissant.

Carte blanche a donc été confiée à Rosi Larapidie, catalane d’origine, comme Pierre Daura, brûlant de ferveur pour l’art et la beauté, la nature et la vie, afin de dresser un couvert original, exotique et fantasmé, dans les notes oniriques aux concepts subtilement épicées et infusées d’un Orient utopique, baigné d’invention et de saveurs inusitées, d’essences quercynoises exaltant leurs poésies dans des bains alchimiques dont les natures délectables seront transmutées en matières nobles et solides… Solides, ou éthérées dans ses propositions ? Ses doigts agiles excellent au piano de ses compositions avec pour portée la terre lotoise aux nuances siennoises, limon primordiale en base matricielle sur laquelle viennent résonner le chant immémorial de toute joie créatrice

Intensément féminine, artiste plurielle, styliste issue de la  Haute Couture française et créatrice multiforme, phosphorant d’idées, elle conçoit comme elle respire : vitalement, recherchant inspiration et harmonie au plus près de la nature, portée par l’eau son élément natif dont elle se plait à célébrer le culte magique et matriciel, abeille infatigable faisant son miel de tout parfum.

 

Il y a chez Rosi un peu d’une Suzanne Lalique-Haviland (1892-1989) qu’elle admire comme muse, et dont le musée des Beaux-Arts de Limoges veille présentement à rétablir la justice de sa mémoire d’artiste, tout également créatrice féminissime s’intéressant à toutes les matières disponibles sa délicatesse inspire : c’est là le creux du mystère. Il s’agit donc de femmes – Suzanne, Rosi, et tant d’autres… - bien décidées à vivre et assumer leur richesse et leur fécondité.

La rivière de l’Olt – le Lot ancien - est devenue pour notre Artiste, son canal médullaire serpentant paresseusement dans la plaine colorée de la palette des champs en leur doux émail cloisonné de haies bruissantes d’oiseaux et d’insectes. Le rêve de ce « fleuve jaune du Quercy » - devient alors medium infusatoire pour ne pas dire incantatoire, exaltant dans la coupe de son univers intérieur, la quintessence de ses brûlures, de ses secrets de sourcière, puisant à la source des arcanes. Troublante métamorphose de ce limon du fleuve, courant de la Russie orientale avec le nom d’Amour, signifiant la boue primordiale, qui devient en son cours chinois le fleuve du dragon noir : toute une alchimie par un Grand’Oeuvre en transmutation sublimée…

Rosi prépare ainsi ses recettes, comme un thé d’athanor – breuvage impérialement divin, élixir d’érudit, encens de mandarin - unique et mystérieux, signature révélée, herbe inspirée d’un songe monacal, par excellence philtre du chercheur qui parfume l’eau première de la pensée des cieux, les reliant aux humains par ce fil de soie, corde d’argent, qu’une merveilleuse princesse de Chine, Hsi Ling Shi (3), découvrit, éblouie, dans son breuvage brûlant… Œuvre au blanc…

La découverte est belle surprise dans un principe d’union éternellement recherchée entre Levant et Ponant, entre yin et yang à l’aune géographique mais aussi anthropologique. Les papilles de tous les sens, cristallisés en poétiques évocations fictionnelles jusqu’aux portes de l’évocation hallucinatoire de vérité, en seront muettement sollicitées par les secrètes confidences oniriques de souvenirs d’un futur réinventé : autant dire que la magie de ce monde sens dessus-dessous ainsi proposé, conduit tout droit aux antipodes orientaux, jusqu’en lointaine Asie, depuis cet Orient porteur de naissance et renaissance que de toute antiquité les hommes ont adoré comme divinité éternellement revivifiant par l’astre de Lumière.

À la vesprée du 31 mai, en mise en bouche de cette table unique, Rosi Larapidie accueille ses convives par un Prologue imagé, ouvrant la clé de son univers symbolique. Hôtesse d’un jour par l’enchantement d’une invitation romanesque, objets et gestes, effluves et mystères déclinant son intime conception de l’art d’accueillir, tiendront la main du Poète qui « Songe à la douceur/ D’aller là-bas vivre ensemble… », faisant naître de chaque blessure une perle sur un univers étrange respirant la fraîcheur d’une aurore nouvelle, celle d’une inventivité juvénile, gracieuse et primesautière à l’extérieure, puisant dans les tragédies intimes dont l’art est messager de l’amour médecin : l’art d’enfanter des origines…

 

 

«A contrecœur, Will se tourna vers le couteau et le prit. Il s'agissait d'un poignard d'aspect banal, avec une lame à double tranchant (…) « Ce côté-ci, déclara Giacomo Paradi, en frôlant la lame avec le manche d'une cuillère, peut couper n'importe quel matériau existant. » (...) « L'autre côté de la lame, reprit le vieil homme, possède des pouvoirs plus subtils. Grâce à lui, tu peux même découper une ouverture dans ce monde. » (...) « Tu cherches une ouverture, si minuscule que tu ne peux pas la voir à l'œil nu, mais la pointe du couteau saura la trouver, si tu l'accompagnes avec ton esprit. Sonde le vide, tâtonne dans l'air, jusqu'à ce que tu sentes cette infime déchirure dans le monde... »
À la Croisée des Mondes, La Tour des Anges"
(tome II), Philip Pullman

 

® Isabelle Rooryck
Conservateur en chef des musées départementaux du Lot
Commissaire des expositions

 


1 D’après Georges Cabessut, ancien de Saint-Cirq, in Bulletin des Amis de Saint-Cirq… (rens. L. Gramon) : «Il n’est pas interdit de penser que c’est à l’auteur du « Pont de Cahors, …» que la bourgade doit… d’avoir reçu la visite de ce groupe de jeunes peintres dont les noms exotiques et les ravages amoureux y firent aisément scandale : Foujita, Komatz, Mikoumo, Kobatzu, Gritchenko et surtout Frank Brangwin…»

2 Toutefois, la présence de Lurçat en cette occasion n’est point explicite.

(3) La légende veut que l’Impératrice chinoise Hsi-Ling-Shi trouva un cocon, dans sa tasse de thé encore chaude, tombé d’un mûrier sous lequel elle était assise…Toute étonnée et voulant le retirer elle ne put saisir qu’un fil semblant n’avoir jamais de fin… Ainsi, le premier dévidage du cocon commença. (vers 2900 ans avant J. C.)

 

 

 

 

 

Musée Rignault – Rêves d’Orient
Conseil général du Lot
Saint-Cirq-Lapopie - Saison 2013

La table de Rosi Larapidie sera exposée du 23 Mai au 6 octobre 2013 au Musée Rignault

Invente un empire où, simplement, tout soit fervent….
Antoine de Saint-Exupéry – Citadelle

 

     

Galerie Rosi Larapidie
à St Cirq Lapopie

 

Thé
Café

Chocolat meilleur qu'a Venise ou tout aussi aussi beau !!!
&
Patisseries

Ouvert toute l'année le vendredi, samedi et dimanche de 13h à 18h

 
     
 
 
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